L’ancêtre

« L’histoire d’une famille n’a point de détail insignifiant pour les membres de cette famille…Je suis persuadé qu’ils (les détails) seront lus avec intérêt, qu’ils seront commentés par les enfants de cette famille et que, chez plusieurs, ils éveilleront des souvenirs agréables, cela me suffit. »

Auguste Béchard

L’ancêtre des Gilbert de St-Augustin

(Chronologie de sa vie et de ses actes d’après les documents)

Étienne Gilbert, fils de Henri Gilbert et de Renée Maye, né en 1654 dans la ville de Aulnay,  situé dans l’ancien diocèse du Poitier, en Anjou France, est l’ancêtre des familles Gilbert de St-Augustin. Un des cinq Gilbert à s’installer au Canada avant 1760 et d’avoir une famille.

Dans le Dictionnaire biographique des ancêtres québécois, Michel Langlois confirme ces informations et précise que son nom apparaît pour la première fois, en 1675, alors qu’il habite chez Paul Chalifour. Le 21 décembre, il achète de Jean Bergevin dit Langevin une terre, une maison et un hangar au trait carré de Bourg-Royal (Charlesbourg) moyennant 63 livres.  Il la revend 87 livres à Claude Philipeau le 27 mai 1676.

 Il quitte Bourg-Royal  pour s’installer pour un temps à la Pointe-aux-Trembles. (La seigneurie de la Pointe-aux-Trembles englobait les territoires actuels des municipalités de Neuville et de Pont-Rouge).  Il y demeurera et y travaillera la terre jusqu’en 1683.

 Le généalogiste Michel Langlois note dans son dictionnaire biographique qu’à partir de 1679, Étienne Gilbert se lance dans des transactions qui vont lui causer beaucoup de soucis.  « On ne s’étonne pas, écrit-il, qu’en raison de ses dettes, il doit comparaître à maintes reprises en justice. »

Le 30 janvier 1679, il loue pour un an, moyennant  la moitié des gains, une terre de deux arpents de front appartenant à Alexandre Turpin, maître-tailleur d’habits. 

Le 18 février de la même année, il achète à Saint-Charles-des-Roches, une terre de deux arpents de front par quarante arpents de profondeur appartenant à Michel Duvault dit Descormiers.  Il la paie 300 livres.

 Il s’associe ensuite le 18 octobre 1680 avec Henri Chastel dit Francoeur pour travailler ensemble durant un an à compter de la Toussaint et se nourrir à frais communs en partageant la moitié de tous les frais et les gains. 

Il n’est pas mentionné au recensement de 1681 pour la bonne raison que le 15 mars de la même année, il a acheté  dans la Seigneurie de Villieu (devenu Seigneurie de Tilly en 1700), une terre de quatre arpents et demi de front par quarante arpents de profondeur avec une petite maison appartenant à Nicolas Lahaye pour la somme de 260 livres.  Il s’y trouve le 21 avril suivant et doit 163 livres et 8 sols à Jean Mezeray de Neuville.  En garantie de cette dette, il hypothèque tout le bois qui lui appartient sur la terre de Mathurin Corneau.

Le 8 juin suivant, Nicolas Lahaye reconnaît avoir reçu de lui la somme de 30 livres en déduction des 260 livres qu’il lui doit.

Le 21 juin de la même année, Michel Duvault, constatant qu’il ne tire pas profit de la terre qu’il lui a vendue, accepte d’en diminuer le prix d’achat à 200 livres à condition qu’il lui rembourse une rente annuelle de 15 livres. On sait qu’il pratique le métier de scieur de long.

Le lundi 1er mars 1683, Étienne Gilbert épouse à Neuville Marguerite Thibault, fille de Michel Thibault et de Jeanne Soyer. Ses parents s’étaient mariés en France et ils avaient immigré en Nouvelle-France au début des années 1660. Marguerite était âgée de 14 ans, Étienne en avait plus du double : 30 ans. Marguerite est née le dimanche 25 novembre 1668 à Sillery. Le couple aura 13 enfants.

Le 6 juin de la même année, n’étant pas en mesure de rembourser Nicolas Lahaye, il annule le contrat d’achat de sa terre de Villieu .

Le 12 juillet 1683, il achète de Guillaume Guillot au prix de 400 livres, une terre de trois arpents de front par soixante arpents de profondeur dans la seigneurie de Maur (c’est en 1650 que Jean Juchereau de Maur prend officiellement possession de la seigneurie de Saint-Augustin, appelée aussi de Maur.  Le peuplement de cette seigneurie se fera attendre jusqu’au milieu des années 1660).  Parmi les premiers colons, on y retrouve la famille Thibault. La terre d’Étienne est la cinquième le long du fleuve à l’est de la seigneurie de Neuville.

Le même jour de juillet 1683, Étienne et François Savary doivent à Antoine Desserre un montant de 54 livres pour l’achat de marchandise. Il établit également ses comptes avec Jean Mezeray auquel il doit 79 livres et 12 sols qu’il promet de rembourser en lui sciant deux cents planches à 20 livres le cent.

Le 25 juillet, il emprunte à Jean Juchereau de Laferté la somme de 400 livres avec laquelle il paie Guillaume Guillot qui lui donne quittance le 16 août.

Le 26 février 1684, il ne se présente pas à la Prévôté alors que Louis Boucher lui réclame ainsi qu’à son associé, François Savary, une somme de 15 livres pour des vivres qu’il lui a fournies.

Le 3 juin suivant, Guillaume Guillot lui exige le remboursement de 50 livres.  Il ne se présente pas à la Prévôté et y est de nouveau requis le 30 juin 1686. Guillot a gain de cause.  Ils finissent par en venir à un accord le 28 décembre de la même année. Comme un dénommé Jean Mathieu doit 61 livres à Étienne, Guillaume Guillot fait saisir cette somme pour se payer les 50 livres qu’il lui réclamait.

Le 9 octobre 1687, c’est Michel Duvault qui revient à la charge et annule la vente qu’il lui avait faite de sa terre de Saint-Charles-des-Roches.

Le 6 novembre 1688, François Ferin s’engage à son service de la Saint-Martin (11 novembre) à la Saint-Michel (29 septembre) pour la somme de 80 livres.

Le 14 juin 1689, il se présente de nouveau à la Prévôté de Québec quand Nicolas Marion lui réclame paiement du vin qu’il a consommé chez lui lors d’une débauche huit ou neuf ans auparavant.  Il se défend en disant que Marion a donné un billet à ce sujet à Jacques Le meilleur et qu’en remboursement, il a donné deux minots de blé.  La cause est renvoyée hors cour.

Le 24 juin 1692, pour couvrir les arrérages des rentes de sa terre de la seigneurie  de Maure, il veut la vendre 35 livres à Louis Doré, mais cette vente n’a pas de suite, car il demeure toujours sur sa terre acquise de Guillaume Guillot.

Il se démène de nouveau pour conserver sa terre puisque les héritiers de feu Alexandre Petit lui réclament la somme de 282 livres pour cette habitation.  Il obtient une déclaration de la veuve Pellerin dit Saint-Amant comme quoi cette somme a déjà été payée par Guillaume Guillot.

 Étienne est hospitalisé à l’Hôtel-Dieu de Québec le 19 juillet 1697 et en sort le 31 août suivant. Son épouse Marguerite Thibault décède à Neuville le 19 octobre 1702. 

Étienne décède à Saint-Augustin le 8 octobre 1714 et y est inhumé le lendemain. Le notaire Dubreuil procède à l’inventaire des biens le 21 novembre suivant.

 Jacques Lacoursière s’est intéressé de près à la première génération des descendants du grand ancêtre et de sa femme. Des treize enfants, six d’entre eux seulement contracteront mariage.  Il note qu’ils auront deux couples de jumeaux et une de leurs filles, Marie-Angélique, deviendra religieuse à l’Hôpital général de Québec.